Ma cabane au Canada, tranquillou
Un peu de canoé de temps en temps pour la forme
Tais-toi Mathieu et rame
C'est qui lui??

Le fait que je suis un délinquant international est de notoriété publique. Tout le monde sait ça depuis que je me suis fait arrêter deux fois par la police néo-zélandaise pour excès de vitesse et non port de casque en vélo. J’avais à l’époque demandé la grâce présidentielle pour mes délits, que m’avait gentiment refusé le président Chirac, trop occupé avec les siens. Du reste il a bien fait car j’ai récidivé, pas plus tard que le mois d’Octobre dernier, au Canada.
Les « faits », pour employer un vocabulaire judiciaire, se sont produits le 13 Octobre 2007 vers 15h pour être précis, dans des circonstances particulières, puisque c’était le week-end de Homecoming. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est Homecoming, se référer aux articles précédents, mais en gros c’est un week-end de débauche où les anciens de l’université reviennent pour mettre une cuite aux petits jeunes étudiants. Festif donc, très festif.
Alors voilà, j’étais avec Erika –jusque là tout va bien- on sortait d’une maison pour aller voir le match de football américain. Erreur fatale, on sortait de cette maison AVEC UNE BIERE A LA MAIN. Ca ne pardonne pas ça. En moins de deux secondes une voiture de police est montée à nos côtés, et on s’est fait arrêté. Eh oui, se balader avec une boisson alcoolisée ouverte sur la voie publique est une infraction à la loi provinciale d’Ontario. Evidemment, je ne savais rien de tout ça. Erika, canadienne de nationalité était naturellement au courant, elle a donc très intelligemment donné un faux nom. Moi, un peu plus mou du cerveau, j’ai tendu ma carte d’identité à l’agent de police, deuxième erreur. Etant un peu alcoolisé sur le moment je n’avais pas tout compris à ce qui se passait jusqu’à ce qu’on m’explique et que je reçoive dans une enveloppe jaune moutarde la sus-dite infraction et l’amende qui va avec, 125 dollars. Ca fait cher la bière..
Plusieurs options s’offraient à moi. Option 1, ignorer les lettres, faire comme si ce n’était pas moi. Bon, j’ai testé cette option en Nouvelle-Zélande, mais c’est gravement sous estimé la ténacité des gouvernements étrangers quand il s’agit de récupérer votre argent. J’ai payé mes contraventions de NZ quand ils ont commencé à envoyer des lettres chez moi en France. Donc on oublie l’option 1. Option 2, je pourrais payer l’amende tout de suite. Pas question je lâche rien, je tente l’option 3. Option 3, je conteste l’amende en allant au tribunal. Apparemment c’est un moyen très populaire d’obtenir une réduction de peine ou encore mieux, une annulation de la sanction. Va pour Option 3.
C’est donc comme ça que je me retrouve, en ce matin du mercredi 26 Mars 2008 au tribunal des infractions provinciales de Kingston, à 9h. J’arrive à ma salle d’audience, un homme m’approche. « C’est vous Mathieu Bailly ? » Ben dis donc, comment ça se fait que les gens me connaisse ici, il y a pas écrit Francis Haulme !! C’est le procureur. Il me demande si je vais plaider coupable ou non coupable. J’avais entendu qu’il était possible de plaider non coupable -genre c’est pas moi j’étais pas à Kingston ce jour là. Tout se passe bien si l’agent qui vous a arrêté ne se présente pas à l’audience, vous serez acquitté. Par contre, si l’agent de police est là et que vous remettez les faits en cause, ça va être beaucoup plus compliqué pour vous. Vu le nombre d’officiers de police qui traînent ici, je choisi de garder ma stratégie de défense initiale, je vais plaider coupable. Le procureur a l’air content, il me demande d’entrer dans la salle d’audience. Exactement comme à la télé. Première surprise, l’officier qui m’a arrêté est assis juste derrière moi. Le juge entre, tout le monde se lève. Le greffier entame : « Votre Honneur, voilà le programme de ce matin,.. » tout en anglais évidemment. Il y a une dizaine d’affaires qui doivent être réglées, excès de vitesse,.. les choses sont vite expédiées. Puis vient mon tour. La greffière : « Mathieu Bailly à la barre s’il vous plait ». Déjà ça fait bien plaisir qu’ils m’appellent en français. J’essaie un timide « Bonjour votre Honneur. » « Bonjour. » La greffière énonce : « vous êtes accusé de bla bla bla en violation de la loi provinciale numéro machin sur les boissons alcolisées bla bla bla». J’hurle à genoux : « NOOOOOOOOOOOON PAS LA CHAISE ELECTRIQUE ! PAS CAAAAAAAAA ! » Je déconne. Le juge : « Mathieu Bailly, on écoute ce que vous avez à dire pour votre défense. » OK, ma carrière d’avocat va donc commencer -et se terminer aussi j’espère- ici.
Je raconte que je suis arrivé au Canada en Septembre, que les faits se sont déroulés en Octobre, dans les circonstances particulières du week-end de Homecoming, et que même si nul n’est sensé ignoré la loi, j’avais ce jour de bonnes raisons pour ne pas la connaître. Je m’arrête là. Le juge me regarde, vêtu de sa magnifique robe noire et verte. Verdict : « Sursis de l’offense, cas suivant s’il vous plaît » Hein ?! Keskidi ?? Ca veut dire quoi ça ?? C’est pas français ça ! Alors je paye ou pas ??
Je quitte la salle d’audience sans avoir compris le verdict du juge, c’est quand même fort. Evidemment « sursis de l’offense » signifie que mon amende est annulée. Victoire, ce n’est pas encore aujourd’hui que j’irai en tôle pour une cannette de bière ouverte dans la rue. Le Canada est un beau pays.
Pour l’anecdote, je me suis encore fait arrêté récemment pour la même chose, je vous jure. Même histoire, sauf que c’était la nuit. Mais là j’ai été moins stupide que la première fois.
Comme vous pouvez le constater sur l'affiche ci-dessus, je vais mes grands débuts sur les planches ce Vendredi, dans une pièce de Michel-Marc Bouchard intitulée "Les papillons de nuit", avec la
Troupe de Théâtre Francophone de l'université.
C'est un vaudeville franco-canadienne a propos d’une mère qui fera tout pour trouver à sa fille un vrai mari – jusqu’a l’isoler dans un chalet ou elle sera forcer a rencontrer des
prétendant. Mais il y a quelques hommes dans les environs que ni la mère ni la fille n'attendait… ce sont deux voleurs -deux frères- qui passent dans les parages.. Je joue un des
deux voleurs, Mario, qui s'avère être gay.. je vous assure que c'est pas triste!
On jouera la pièce trois fois: vendredi, samedi et dimanche dans une salle sur le campus. J'ai pris beaucoup de plaisir pendant les répétitions, et l'excitation commence a monter pour vendredi..
on doit faire l'avant première demain avec costumes, décors, lumière, et musique! Je vous tiendrai au courant de notre prestation!!
New-York City, United States of America. Si ça fait pas rêver ça! « Salut, j’habite à New York City, et
toi ? » New York c’est la classe internationale. Jamais une ville ne m’a fait fantasmer comme celle-ci. Tous les gens qui y sont allé m’ont dit « tu vas voir, c’est
extraordinaire ! ». Mouais pensais-je, on verra, j’aime pas trop être du même avis que les gens. C’est le moment de vérifier justement, on est vendredi après-midi à Kingston, sur le
campus de l’université où je travaille, température extérieure en dessous des -10ºC, la canicule locale. Je monte dans le bus avec ma chère et tendre, Erika, pour 5 jours aux States, à New York
City. Soirée sympa à Montréal avec Aurélie avant d’embarquer pour le bus de nuit. Ah les bus de nuits, ils me manquaient tellement depuis l’Australie, dès qu’on a su qu’il y avait moyen de
s’entasser dans un bus pendant toute une nuit on a foncé. Première étape avant NYC (New York City), la frontière américano-canadienne. Rien à voir avec la frontière franco-suisse, ils ne
plaisantent pas avec l’immigration les américains. Une heure et demi du matin, tout le monde descend montrer ses papiers, remplir une exemption de VISA pour ceux qui n’en ont pas besoin, et faire
un bout de conversation avec un agent des douanes. Faut montrer patte blanche pour rentrer. Heureusement, pas de diplômés de l’aviation civile afghane ou de physicien iranien dans le bus.
1er jour
Arrivée à NYC vers 8h, pas très frais après notre nuit dans le bus, mais très excités de commencer la découverte de la ville. D’entrée de jeu j’essaie de localiser Brian et de placer la fameuse
phrase « Oh it’s raining today, where is my umbrella ?! ». Pas de bol c’est grand beau aujourd’hui.
Après avoir déposés nos sacs de baroudeurs à notre hôtel –pas la classe mais on tiendra 4 nuits- situé à Upper West Side –le quartier où a été assassiné John Lennon en 1980-, on décide de flâner un peu dans Central Park qui se trouve à deux pas. Central Park est un immense espace vert au cœur de Manhattan ; qui est une sorte de presqu’île entourée par la Hudson River et la East River. Le centre-ville de NYC en gros. Pour vous donner une idée de la vie ici, si Manhattan était une nation indépendante elle serait la 20ième puissance économique mondiale, au même niveau que la Suisse..
Central Park est vraiment impressionnant dans le sens où les New-yorkais ont su préserver un espace vert aussi grand avec une pression immobilière aussi élevée. Le prix d’un appart à Manhattan avec vue sur Central Park peut s’envoler jusqu’à plusieurs millions de dollars. Les New-yorkais sont des gros joggeurs, comme on a pu le constater en ce samedi, et attention, ils doivent tourner autour du parc dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Ben oui, si tout le monde tourne dans tous les sens, on ne s’y retrouve plus. Alors ça fait un peu stade d’athlétisme du coup, c’est marrant. Central Park contient également plusieurs lacs artificiels, qui permettent de faire de la barque l’été et du patin à glace en hiver. Il y a même un zoo, le plus ancien zoo des US !
Après cette petite promenade revigorante on décide d’attaquer du lourd, le premier musée du trip, le Metropolitan Museum of Art, dit aussi « The MET ». Autant le dire tout de suite, le MET est considéré comme l’un des plus grands musées d’art au monde, ce qui perturbe le touriste moyen, un peu perdu au milieu de tous ces chef d’œuvres. On a choisi l’option de facilité en optant pour un « Highlights Tour » guidé, qui nous a présenté les plus belles pièces de la collection. Un tour du musée en une heure et demi, de la civilisation grecque aux cannibales d’Afrique de l’Ouest en passant par l’Egypte ancienne, sans transition. Le guide était un vrai bonheur, celui de d’avoir l’impression de saisir un bout du message qu’à voulu faire passer l’artiste. Bref, grâce à lui on s’est senti un peu plus intelligent pendant quelques instants, et ça, ça fait toujours bien plaisir. On a continué notre ballade vers le Sud de Manhattan, direction le Rockefeller Center dans le quartier (le ‘borough) de Midtown. Rockefeller est le nom d’une célèbre famille américaine, connue pour sa richesse et sa réussite dans le monde des affaire : pétrole, banque, .. ils sont un peu partout. Un peu les Rothschild ou Dassault locaux, symboles de la réussite à l’américaine, du capitalisme. Pas grand-chose à signaler, si ce n’est un amateur de Brian Joubert à l’entraînement sur la patinoire.
On s’est dit qu’on allait manger local le midi, en tombant sur le Prime Burger, un restaurant sur la 5ième Avenue. On a commandé un Burger, étant à NYC je dois avouer que mes attentes étaient très hautes concernant ce genre de cuisine. C’est vrai quoi, si je trouve pas des vrais burgers ici, où faudra-t-il aller alors ?? Grosse déception. Quant le mec est arrivé avec mon assiette j’ai failli pleurer. Alors un « burger » au restaurant le Prime Burger, c’est du pain, et un bout de viande au milieu, c’est tout. Oui, c’est tout, rien de plus. On vérifie auprès de la serveuse -très désagréable- pour voir si il n’y pas un malentendu, mais non. Je sais que je suis européen, mais quand même ! Il faut payer pour rajouter un malheureux morceau de salade et un bout de tomate. Et c’est cher, peut-être parce que Sarah Jessica Parker est venu y manger, mais ça m’étonnerait qu’il lui ait refilé le même « burger ». Triste !!
Le ventre bien plein de notre fantastique Prime Burger à 10$ la tranche de pain, on décide d’aller vérifier la fiabilité des ascenseurs de l’Empire State Building. Il est vrai qu’à NYC les
gratte-ciels sont nombreux et il est parfois difficile de les reconnaître, mais l’Empire State Building est le plus connu d’entre eux. Il est entre autre le célèbre gratte-ciel de King-Kong et
actuellement le plus haut gratte-ciel da ville depuis la chute des deux tours (381m). La vue en haut est simplement magnifique. Beau temps, ciel dégagé, on ne pouvait pas mieux tomber. On
distingue très bien les rives du New Jersey à l’Ouest, les buildings du Financial District et l’Océan Atlantique au Sud, les deux rivières, et les quartiers qui se trouvent en dehors de
Manhattan : Queen’s, le Bronx, Brooklyn, et Staten Island. J’ai été vraiment impressionné quand j’ai appris que la plupart des gratte-ciels de Manhattan ont été construit dans les années 30.
Les années 30 !! Les célèbres sky-boys, les ouvriers immigrés qui travaillèrent sur le chantier sans sécurité tentaient de rafler la course au plus haut building de la ville (la démesure,
encore une fois). Pour la petite histoire, les New-yorkais le surnommèrent The Empty State Building car il a ouvert ses portes pendant une période de récession économique et que
la plupart des bureaux étaient vacants. Une autre petite histoire à propos de ce bâtiment est le crash en 1945 d’un bombardier B-25 à cause d’un épais brouillard dans la face Nord du bâtiment.
Dans le même registre, les tentatives de suicide ont été nombreuses, notamment celle de Thomas Helms en 1977, qui, faute de ne pas avoir pris assez d’élan au moment de sauter retomba lourdement
sur.. la corniche du 85ième étage, sain et sauf. La vie est cruelle parfois.
Notre première journée s’est achevée tranquillement dans un restaurant mexicain (fini les burgers attrape-tourites) où j’ai pu goûter mes premiers véritables Tacos, Burritos et j’en passe. La
cuisine à NYC est vraiment un symbole, on compte pas moins de 17600 restaurants à Manhattan, pour plus d’une centaine de cuisine d’origine différente. De quoi manger dans un nouvel endroit tous
les jours pendant 46 ans. Enfin, éviter le Burger Prime, ça ne vaut pas le coup.
2ième jour
Jour numéro deux, pas de contrôle des passeports cette nuit, c’est quand même mieux. On se sent d’attaque pour une petite marche consistant à traverser le Brookyn Bridge, qui comme son nom l’indique relie le quartier de Broolyn à Manhattan. L’interêt de la faire dans le sens Brooklyn -> Manhattan est la magnifique vue sur le Financial
District. Le pont en lui-même m’a un peu rappelé l’architecture du London Bridge à Londres, avec ses deux grosses tours. La traversée est un peu plus agréable néanmoins car les piétons et les
cyclistes possèdent leur propre voie de circulation au-dessus de celle des voitures. Mais bon, concernant les ponts, mon préféré reste le Millenium Bridge à Londres de Norman Foster, un petit
bijou. Le Brooklyn Bridge, a été ouvert au public pour la première fois en 1883, terrassant en dimension tous les autres ponts à suspension du monde. Pour l’anecdote, c’est un
architecte allemand, Roebling, qui a dessiné le pont, il est décédé sur le chantier à la suite d’un accident. Son fiston a alors repris le flambeau de son défunt père, jusqu’à ce que lui aussi
soit victime d’un accident sur le chantier et finit handicapé. C’est alors la femme de ce dernier qui dut apprendre le génie civil pour faire le lien entre Roebling fils, observant le chantier
avec ses jumelles depuis son lit et les ouvriers.. Pas facile facile vous en conviendrez. Finalement, la solidité du pont a été démontrée en 1884 en.. faisant traverser les 21 éléphants du cirque
Barnum !
Toujours en continuant dans le champ scientifique, on attaque notre deuxième grand musée de la ville, l’American Meusum of Natural History, (AMNH). L’AMNH c’est du gros dossier, le Palais de la Découverte de Paris en puissance 12. Par où commencer ? Par le commencement, d’entrée de jeu vous vous retrouvez face à un gigantesque squelette d’un apatosaure qui défend son petit contre un allosaure. Ca rappelle le film Night At The Museum avec Ben Stiller sorti en 2006, et partiellement tourné au AMNH. On a pu admirer également la célèbre baleine bleue entièrement suspendue dans le hall des Océans, ainsi qu’une authentique pirogue de guerre de 20 mètre. Personnellement, j’étais passionné par les vestiges des premières civilisations, notamment celles à l’Age du Fer, qui m’ont rappelé mes cours de métallurgie de l’ENSEEG, et les immenses météorites. Le planétarium vaut également le détour, avec un film digne des plus grandes productions hollywoodiennes, sur les « collisions cosmiques ». Y a pas à dire, y sont forts ces américains ! L’AMNH est quasiment infini, il faudrait des semaines pour tout voir, parmi les collections de fossiles, insectes, vestiges,.. c’est tout simplement immense.
Pour nous détendre un peu après une après-midi intellectuellement éprouvante, on a choisi de passer la soirée dans un club de jazz. Là encore, il y a matière à penser, NYC est au jazz ce qu’Yvette Horner est à l’accordéon, si vous voyez ce que je veux dire. Bien que le jazz ne soit pas né à NYC, mais à La Nouvelle Orléans, c’est à New York qu’il va s’épanouir dans les années 1920. Impossible de parler de l’histoire du jazz sans mentionner l’histoire des noirs américains, ancrée dans le quartier de Harlem, sur lequel je reviendrai plus tard. Le jazz est la première forme d’art nouvelle inventée aux Etats-Unis. Tous les grands noms du jazz sont passés par New York, Louis Armstrong, Duke Ellington, Charlie Parker, Miles Davis, Ella Fitzgerald, John Coltrane, James Brown,.. Tous sont venus joués et enregistrer à New York, dans des salles telles que l’Appollo, le Red Blue Note, le Smoke, le Cotton Club, le Five Spot Cafe,.. Le tube du jazz relié à New York sera sans doute encore pour longtemps le New York, New York de Franck Sinatra, enregistré dans les années 1980 pour la bande originale d’un film de Martin Scorsese, lui-même New Yorkais. Evidemment, moi qui a été saxophoniste pendant quelques années, ces noms ont un relief particulier. Je me souviens notamment d’avoir travailler le standard Take The ‘A’ Train de Duke Ellington, et je viens seulement de comprendre qu’il faisait référence au métro qui va jusqu’à Harlem.
Pour ce soir, on a donc choisi d’aller ouvrir nos oreilles au Smoke, un club situé pas très loin de notre hôtel, pour des raisons principalement financière (compté 75 dollars l’entrée au Red Blue Note). Ici c’est un peu différent, pas de « cover », mais une obligation à consommer sur place pour au moins 20 dollars par personne. On a donc très bien mangé en écoutant un groupe New-yorkais dont je n’ai pas compris le nom, mais dont la musique était très sympa, un jazz orienté un peu latino, avec un tromboniste soliste chaud bouillant. Le public est composé à moitié de touriste comme nous et de véritables amateurs locaux, qui sont là pour la musique.
3ième jour
Erika ayant décidée d’aller faire un peu de shopping, je me retrouve seul à arpenter les rues de la ville en cette chaude matinée. Wow la température dépasse les 5 degrés, c’est de la pure folie. Il y a trois quartiers que j’aimerais bien voir ce matin, qui sont Chinatown, Little Italy et Soho. Commençons par Chinatown dont le cœur se trouve autour de Mott Street, qui ressemble il faut bien l’avouer à tous les Chinatown du monde, comme ceux de Sydney ou Toronto : des restaurants chinois tous les 10 mètres à peu près, des devantures et des noms de rues rebaptisés en mandarin, qui font qu’on a l’impression d’être en plein centre-ville de Pékin. Rien de très spécial donc si vous avez déjà vécu l’expérience, à part peut-être la taille de la communauté chinoise, plus de 150 000 personnes !!
Little Italy, juste à côté de Chinatown est son strict opposé. A Chinatown les restaurants sont un peu louches, on peut tout acheter pour un dollar. Little Italy c’est tout le contraire , la classe : restaurants chics, magasins de haute couture, jolies filles, lunettes noires,.. En plus avec le soleil et les températures clémentes, les gens mangeaient en terrasse, on se serait cru dans le centre-ville de Naples. Noter que comme un symbole, le quartier italien se fait grignoter petit à petit par le quartier chinois. A la frontière entre les deux, on peut trouver des enchaînements pizzeria-chinois assez comiques.
Pour pimenter un peu ma matinée je suis rentré dans un « Gun Shop », un magasin d’armes à feu. « Bonjour, je voudrais acheter un gun s’il vous plait ». Le vendeur : « vous avez un permis ? » Ah ben oui, suis-je bête, il faut un permis pour acheter une arme. Comment on obtient le permis ? Il suffit de se rendre au commissariat de police le plus proche et de présenter un extrait de casier judiciaire, vierge bien entendu. Pas besoin d’avoir la nationalité américaine.
Fin de matinée, je commence un peu à traîner les pieds après tous ces kilomètres à pieds. NYC est la ville des piétons et des transports en commun par excellence, dans un pays qui adule la bagnole. D’ailleurs il faut voir les voitures qui sont circulent dans New York. Je crois que le plus petit modèle que j’ai vu correspond à une berline chez nous. Et je ne vous parle pas des gros 4x4 General Motors, bien haut pour bien niqué les piétons en cas de chocs, et les vitres bien fumées pour pas que vous voyez celui qui vient de vous roulez dessus.
Alors Soho, pas grand-chose à signaler, quartier commerçant avec quelques rues pavées qui me rappelaient l’Europe, et des magasins de marques connues, comme l’Apple Store, Adidas, ou Bloomingdale’s.
Le temps de rejoindre ma chérie et de faire la queue pour acheter les billets de ce soir, qu’il nous restait que peu de temps pour finir notre tour des musées, avec le Museum of Modern Art, dit aussi le MoMA, qui comme son nom l’indique est un musée d’art moderne et d’art contemporain. On estime la qualité de sa collection à environ 1,7 milliard de dollars, quand même. Grâce notamment à des peintures de Claude Monet, Vincent Van Gogh, Henri Matisse, Paul Cézanne, Pablo Picasso, Salvator Dali, Francis Bacon,.. pas que des tocards donc. Sa construction a été majoritairement financée par les Rockefeller, dont je vous parlais plus haut. Le bâtiment a été sujet à de nombreuses réhabilitations depuis sa construction dans les années 1929. Personnellement j’ai été touché par le Pop Art, expression qui vient de « art populaire », qui est un mouvement artistique né dans les années 50 en Angleterre mais poursuivi aux US, en particulier à NYC dans les années 60. Il vise à dénoncer la consommation de masse à travers toutes ses dérives populaires : publicité, magazines, télévision,.. Le travail d’un New-yorkais, Andy Warhol, l’a rendu célèbre, en particulier pour son œuvre Campbell's Soup Cans et ses portraits de Marylin Monroe mélangeant noir et blanc, couleur et effet de répétition.
Et enfin vient la soirée tant attendu/redoutée de notre séjour à NYC : une soirée dans un des théatres de Broadway pour assister à une comédie musicale. Le midi en prenant les billets j’avoue que j’étais un peu frileux, les comédies musicales, ça n’a pas l’air d’être trop mon truc : du temps de Roméo et Juliette, Notre Dame de Paris,.. j’avais pas trop kiffé. Peut-être Starmania dans les années 80, et encore. Enfin bon, on est sur Broadway, donc s’il y a un endroit au monde pour voir une comédie musicale, c’est bien ici. D’autant qu’en Amérique du Nord, les « musicals »sont toutes très connues, de la culture anglo-saxonne pure et dure. J’ai donc réviser mes classiques grâce à Erika, des noms qui ne me disaient pas grand-chose : West Side Story, Grease, Les Miserables, Rent, The Phantom of the Opera, Mamma Mia !, The Lion King.. j’en passe et des meilleurs. Ce soir on a opté pour Chicago, un grand classique, qui a été composé dans les années 75, toujours à l’affiche sur Broadway !!! Je ne savais donc pas du tout à quoi m’attendre, et j’ai été plus que surpris, d’abord par la présence d’un orchestre sur scène. Ensuite c’est le show à l’américaine, ils font ce qu’ils savent faire et ils le font bien, croyez-moi. Musique excellente, le tube All That Jazz notamment, ambiance Chicago dans les années 1920, une histoire d’adultère et de crime, des chorégraphies au millimètre, tout simplement du divertissement de haute de gamme. Y sont trop forts ces américains, je n’ai pu qu’applaudir des deux mains et deux pieds à la fin. Chapeau l’artiste.
4ième jour
Ayant acheté le City-Pass, on avait prévu d’aller faire un petit tour de bâteau autour de la Statue de la Liberté. hors, pas de chance, la compagnie Circle Lines que l’on devait prendre n’ouvre
pas ses portes ce jour là. Donc, changement de plan, heureusement, on découvre qu’il existe un ferry gratuit entre Manhattan et Staten Island, qui passe juste devant la Statue de la Liberté. Si
c’est pas du bol ça ! Le ferry, un peu comme ceux de Sydney, sont composés à moitié de vrai new-yorkais qui l’emprunte pour aller bosser ou rentrer chez eux, mais aussi à moitié de touriste
profitant de l’aubaine d’un tour en bateau gratuit avec vue sur la Statue de la Liberté (Statue of Liberty, mais son vrai nom est Liberty Enlightening the World). C’est vrai qu’elle est
belle cette Statue, et surtout –Represent !- elle a été faite par les français ! Alors petite histoire : les français l’ont offert aux américains en 1886, pour commémorer le
centenaire de l'indépendance américaine et en signe d'amitié entre les deux nations. Je pensais bêtement que c’était à la suite d’une deux guerres, mais en fait pas du tout. C’est Bartholdi qui
est à l’origine de sa forme inspirée du Colosse de Rhodes, tandis que Eiffel (oui oui, celui de la tour) s’est occupé du côté ingénierie et structure interne. On peut la décrire
comme « un personnage féminin drapé, avec un bras levé, portant une torche, alors que l'autre tient une tablette gravée, et avec un diadème sur la tête ». Elle représente la liberté, si
chère aux américains et à tous les immigrés arrivés par paquebot, qui après de longs jours en mer ont aperçurent la Statue, synonyme d’arrivée. Elle a également servie comme phare
pendant seize ans et il était possible de la visiter jusqu’aux attentats du 11 Septembre. La symbolique est très intéressante : les sept pointes de sa couronne
représenteraient les sept Océans, ou les sept continents. La tablette qu’elle porte dans sa main gauche représente la loi, le droit, il y est inscrit dessus la date de l’indépendance des US en
chiffre romain. La torche de sa main droite levée renvoie aux Lumières du XVIIIième siècle, son regard vers l’Est indique qu’elle se tourne vers l’Europe, partenaire et ami des US de longue date.
On a rajouté quelques vers en 1903, d’Emma Lazarus, ici traduit en français :
Personnellement il me semble que la plus belle symbolique est le fait que la liberté soit représentée par une femme.
On a poursuivi notre ballade dans le Sud de Manhattan, au cœur du Financial District. On a pu admirer le New York Stock Exchange, la bourse de New York, et Wall Street. Rien de bien spécial, et comme pour la Statue, on ne peut plus rentrer dans la salle de bourse depuis les attentats su 11 Septembre. On a juste vu quelques traders pressés (mais pas de Jérôme Kerviel !) d’aller prendre leur lunch avant de retourner au business. Les 44 milliards de dollars qui s’échangent chaque jour à la bourse de New York en font la place financière la plus influente du monde. Le nom de « Wall Street », littéralement la « Rue du Mur » provient d’un mur érigé par les hollandais de l’époque où la ville appartenait à l’empire hollandais pour se protéger contre les assauts des anglais et des indiens. Quelle différence avec sa signification actuelle..
Pour terminer notre petite escapade, on a pris le métro ‘A’, comme l’indiquait Duke Ellington, pour se rendre à Harlem. Harlem, quartier mythique une fois encore. Contraste avec Wall Street, on se retrouve au cœur du quartier afro-américain le plus connu des US, en particulier pour le rôle que ses habitants ont joué dans la lutte pour l’égalité des droits civiques entre les Blancs et les Noirs. Première impression en sortant du métro c’est qu’ici les Blancs sont en minorité. On fait moins les malins, même si Harlem a beaucoup changé depuis le temps où le quartier était considéré comme un ghetto dangereux dans les années 70, notamment à cause de la politique désastreuse des républicains, Reagan en particulier. Cependant, c’est un autre républicain qui a aidé Harlem à se relever, l’ancien maire de New York Giuliani. Maintenant c’est devenu un quartier sûr et attractif, « hip » comme disent les américains, c'est-à-dire tendance. Bill Clinton y a installé ses bureaux en 2002 et Starbucks y a même ouvert un café sur la 125ième Avenue, signe que les temps changent.
La pauvreté et l’insécurité se sont déplacées en dehors de Manhattan, dans le quartier du Bronx en particulier.
On a passé notre dernière soirée à NYC dans un bar de drag Queen’s, The Lips, pour une soirée karaoke un peu spéciale vous vous en doutez.. avant de reprendre le bus le lendemain matin, direction Montréal puis Kingston, en passant par les Adirondacks, une chaîne de montagnes qui ressemblent un peu aux Vosges, et qui ont accueillies les Jeux Olympiques d’Hiver à Lake Placid en 1960.
Fin de notre expérience New-yorkaise, qui fut courte mais intense. Ce voyage –mon premier- aux Etats-Unis m’a permis de prendre la mesure du pays le plus riche du monde, de sa culture. Le mot de la fin sur New York serait que cette ville représente vraiment la mondialisation, un peu le symbole de l’époque dans laquelle nous vivons.
Pour ce voyage, un grand merci à :
Erika bien sûr, qui m’a fait revivre le bon vieux temps de l’Australie où elle fait tout et je n’ai plus qu’à la suivre..
Aurélie pour la pizza vendredi soir, et ses conseils, notamment le sens de traversée du pont : it does make sens..
A Elise pour le City Pass, qui est vraiment un très bon plan, même si le bateau n’est pas ouvert tous les jours..
A Renelle, Anna, et leur copines de Queen’s pour la soirée au Lips..
Enfin, à tous ceux qui m’ont donné envie de visiter cette fabuleuse ville.
Plus que quelques jours avant le grand départ pour la ville de New-York. « Enfin ! » j’ai envie de dire. Je vais pouvoir continuer mon exploration de la planète Amérique du Nord, ressortir le sac de baroudeur qui commençait à prendre la poussière.
Ces quelques jours qui nous séparent du départ sont également l’occasion de s’interroger sur la préparation d’un voyage, même aussi court que celui-ci.
Personnellement, j’ai toujours essayé autant que possible d’éviter de trop me documenter visuellement avant de partir, pour conserver un effet de surprise une fois sur
place. Celui-là propre aux premiers explorateurs, celui que tous les voyageurs contemporains rêvent de vivre un jour : savoir qu’on est le premier à poser les yeux sur une merveille de la
Nature comme les chutes du Niagara au Canada, la Grande Barrière de Corail ou l’Ayers Rock en Australie, ou encore le Franz-Joseph Glacier en Nouvelle-Zélande. Et de laisser échapper un
« WOW !!! TRUC DE OUF !!! » tellement on est impressionné. Bien sûr, si on a déjà vu le site en photo 150 fois ainsi que 20 documentaires télé sur le sujet, la surprise n’est
plus aussi grande.
Mais attention, mon propos n’est pas qu’il faut partir la fleur au fusil, bien au contraire. Un voyage, ça se prépare. Comment ? La question est : qu’est ce qui rend une destination ou
un site intéressant ? On peut s’y rendre pour plusieurs raisons, la première étant sans aucun doute sa beauté, comme par exemple pour les sites cités plus haut. Pas besoin d’être docteur en
histoire de l’art pour apprécier les chutes du Niagara. Ca tombe de haut, c’est large, ça fait du bruit. C’est d’ailleurs ce point qui en fait une destination populaire, au sens que tout le
monde, sans discrimination, peut l’apprécier. A l’opposé, la visite d’une petite résidence à Cooldrinagh dans la banlieue de Dublin n’a rien de très attirant si vous ne savez pas que c’est là que
se situe la maison d’enfance de l’écrivain irlandais Samuel Beckett.
Il y aurait donc deux sortes de sites touristiques. Ceux dont on apprécie la beauté de façon instantané, qui peuvent être des merveilles naturelles ou créent de toute pièce par la main de l’homme
(par exemple la cité de Petra en CisJordanie, les pyramides d’Egypte, la Tour Eiffel,..) Avec l’objectif semi avoué de copier les caractéristiques des merveilles naturelles : la démesure et
l’immortalité. Reprenant l’exemple des chutes du Niagara : Ca tombe de haut, c’est large, ça fait du bruit, et ça n’a pas bronché depuis des milliers d’années. On peut dire quasiment la même
chose des pyramides d’Egypte : démesure et immortalité. Sur une dimension plus philosophique du sujet, on peut penser que ces merveilles humaines ont été créent par l’homme pour échapper à
sa condition de mortel et se rapprocher de celle de Dieu. Les pyramides d’Egypte sont des tombeaux avant tout.
Concernant les autres destinations, celles moins évidentes pour le grand public, celles que seul un œil averti peut apprécier. On ne peut s’exclamer « WOW !!! » devant la maison de
Beckett dans la banlieue de Dublin si on ne connaît pas son œuvre, son histoire. C’est donc une question de culture. Bill Bryson une fois encore est le maître absolu dans la mise en perspective
de ces « petites choses », pour décrypter leur histoire, les inscrire dans un contexte, et comprendre pourquoi elles sont intéressantes.
Il raconte dans son bouquin sur l’Australie le moment où il arrive sur le site où se trouvent des stromatolites. Brièvement les stromatolites sont des cyanobactéries, celles-là même à l’origine de la vie sous l’Océan il y a quelques milliards d’années. C’est donc un véritable miracle que de pouvoir les observer paisiblement sur ce site. Malheureusement, ces stromatolites ne sont pas d’une beauté exceptionnelle, elles ressemblent à des cailloux posés au bord de la mer, pas très impressionant. Pas de quoi en faire une carte postale. De plus, l’endroit où elles se trouvent est extrêmement reculé au fin fond de l’Australie Occidentale, il fait chaud et humide, et à peine sorti de la voiture que des dizaines de mouches vous assaillent, pas très agréable. Donc Bryson arrive en même temps que deux touristes américains. La femme dit à son mari : « Quoi ??!!! On a fait tous ces kilomètres pour voir ça ??? Des cailloux dans l’eau ??!! ». Alors que tout biologiste serait tombé à genoux devant cette pure merveille de la Nature.
New-York City, comme toutes les villes, se trouve à mi-chemin, parsemée de plaisirs instinctifs « _Regarde Maman comme elle est grande et haute la statue de la liberté !!» et d’autres,
réservés aux initiés. La préparation d’un voyage comme celui-ci permet de pouvoir apprécier les sites qui nécessitent des clés. Et d’éviter de se retrouver à Athènes pour dire que c’est
« beaucoup de vieilles pierres entourées par de la pelouse ».


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