On se retrouve donc à deux (pour éliminer Maxime, taper 1, pour faire gagner Mathieu taper 2), mon frère que j’aime et moi-même. Le changement d’effectif a été rudement ressenti par les troupes.
A croire que c’est Sarkozy qui avait décidé de faire un plan social. Avec Erika, on était deux vrais touristes, je n’avais plus besoin de parler anglais, elle nous réservait les bus, arrangeait
l’hébergement, nous trouvait des potes pour le soir,.. bref du bonheur, des vraies vacances ! Il y a donc fallu que je me mette au boulot. « C’est où qu’on va
déjà ?? », « AAAAAAHHHHHHHHH Erika REVIENS !!!! On est perdus !! » J’ai finalement repris les choses en main pour la suite du trip, en me disant que Max avait
vraiment la belle vie. En montant plus au Nord on en a également fini avec les vagues, car au Nord d’Hervey Bay, il n’y a plus de houle à cause de.. à cause de quoi d’après vous ?? De
la Grande Barrière de Corail bien fur ! On revend notre matériel de surf encombrant à un allemand croisé en chemin pour une poignée de dollars, la boule au ventre. Je m’étais habitué à
trimballer ma planche partout. Ma planche à peine quittée, elle me manque déjà. Enfin la bonne nouvelle c’est que l’on va voyager un peu plus léger.
On atterrit à Agnes Water le jour suivant. Quand je dis qu’il n’y a plus de vagues après Hervey Bay, ce n’est pas tout à fait exact, Agnes Water est la plage de surf la plus au nord de
l’Australie, mais pas de chance, pas de vague quand on y était, Damned ! On en a donc profité pour essayer la pêche avec un allemand, se balader, notamment jusqu’à la petite bourgade de
1770. C’est un endroit découvert par le Captain Cook (le même que les poissons panés) en .. 1770. La plage est en fait un immense banc de sable, qui fait aussi spot de surf, sur plusieurs
km2. C’est très joli, et la température commence à être bien élevée. On passe à côté d’un camping où je n’ai jamais vu autant de gens ne rien faire. C’est hallucinant le nombre de
personnes qui font simplement rien. Les Australiens se posent sur une chaise à côté de la caravane, et là, ils attendent. C’est assez comique. On n’avait pas trop le temps d’attendre, on a filé à
Airlie Beach, pour le second gros trip du voyage.
Après le 4x4 sur Fraser, le temps du bateau est venu. Naviguer dans les Whitsundays est le summum de la côte Est. C’est le truc pour lequel tout le monde vient en Australie, naviguer sur la
Grande Barrière de Corail, au Paradis. Autant dire que les Whitsundays, on les attendait de pieds fermes. On a embarqué sur un ancien voilier de compétition, le Boomerang, d’une vingtaine de
mètres environ, à partir du bourg d’Airlie Beach. Là encore nous ne sommes pas seuls sur le bateau, on se retrouve parmi 25 autres voyageurs, venus d’un peu partout, avec pas mal d’américains (au
moins 5 avocats du barreau de New-York !), des allemands et des canadiennes. L’équipage est pour le moins éclectique : un jeune loup de mer chevelu australien, Max, un capitaine âgé, et
une jeune mousse canadienne, mais tous très sympas et décontracts. A bord c’est ambiance jeunes en vacances qui se lâchent, avec la musique à fond et les repas excellents. Les gens chargent des
quantités d’alcool impressionnantes à l’embarquement.. signe des soirées bien arrosées sur le bateau. Par chance on a eu du vent pendant les trois jours, ce qui fait que l’on a pu goûter aux
plaisirs de la voile. Nous qui sommes complètement novices en la matière (les surfeurs ne kiffent pas trop le vent !), et dans quel décor ! Les îles des Whitsundays, le paradis sur
Terre. Les Whitsundays sont constituées de plusieurs îles, à l’extrémité Sud de la Grande Barrière de Corail, pas très éloignées de la côte. Le deuxième jour est sans aucun doute notre Big Day.
On s’est amarré dans une petite crique à Tongue Bay pour marcher jusqu’à un point de vue sur la fameuse et très célèbre Whitheaven Beach, sur toutes les cartes postales. Alors, comment expliquer
ce qu’on a vu avec des mots.. l’eau turquoise, entre le blanc et le bleu, s’étend sur un long banc de sable fin, surplombé par de la forêt tropicales et quelques collines. Une fois arrivé au
point de vue, on ne peut que dire « Nom de Dieu ! » Et c’est le cas de le dire. Au nom de Dieu, qu’est ce que c’est beau. C’est beau et c’est tout, pas grand-chose à redire. Et pas
un beau dans le sens discutable du terme, un beau dans le sens beau universel, beau naturel, beau stupéfiant. C’est beau. Même plus que beau. C’est une autre planète. C’est juste difficile de
retirer ses yeux de ce paysage. On descend sur la plage en bas, pour nager un peu parmi les raies et les petits requins. Max le marin nous racontait que dans les
années 40 (qui connaissait les Whitsundays dans les années 40 à part le Captain Cook – le même que les poissons panés- ? Personne !), un jeune couple d’Australiens de Brisbane avait
décidé de partir faire le tour du monde. Quand ils sont arrivés aux Whitsundays, ils ont dit en anglais dans le texte, « Fuck le reste du monde, on reste là ! » Et c’est eux qui
ont monté la station balnéaire -pour riches- la plus luxueuse du monde sur Paradise Island, où strictement tout ce que vous désirez vous sera apporté dans un délai de 48 heures maximum.. Perso en
48 heures j’aurais bien voulu faire venir ma Maman.. ou ma Grand-mère hahaha !!
Deuxième expérience de la journée, le « snorkeling ». Snorkeling en anglais signifie « faire de la plongée avec palmes, masque et tuba ». Evidemment ici, le mot prends tout
son sens, on est sur la Grande Barrière de Corail, ne l’oubliez pas. Et je dirais même plus, sur un corail préservé. Les pêcheurs faisaient sauter les coraux à la dynamite au large de Cairns pour
permettre le passage des bateaux.. Nous voilà donc sous l’eau, toujours accompagné de mon frère Maxou. Alors là, comment vous expliquer ce qu’on a vu.. J’en ai déjà vu quelques uns des coraux, en
Guadeloupe, à la Réunion, à Bali, sur la côte Ouest de l’Australie,.. mais ici aux Whitsundays, c’est le record du monde. Je n’ai jamais vu autant de trucs bizarres sous l’eau. Les coraux peuvent
prendre vraiment toutes les formes, et toutes les couleurs. Des grosses patates de 2 mètres de haut jaunes fluos à des espèces d’arbres bleus nuits avec des points violets, le tout baigné dans
des poissons exotiques. Un peu l’impression d’être sous champignons. La meilleure plongée de ma vie, sans aucun doute, et cette fois sans requins. Bref après Fraser Island et les Whitsundays, on
se demande bien qu’est ce que l’Australie nous réserve encore.
On poursuit notre route vers le Nord, prochaine étape, encore une île, Magnetic Island. L’île a été baptisée ainsi quand l’ami James Cook, qui avant de faire des poissons panés était capitaine de
son état, enfin capitaine de son navire plutôt, est passé dans le coin dans les années 1770, et après sûrement quelques verres de Rhum de trop il a cru que sa boussole était irrémédiablement
attirée par l’île, d’où le nom. (je vous assure que je ne suis pas payé au mot, par contre il parait qu’à Jeunesse et sports oui !) Alors Magnetic Island, c’est assez sauvage, presque pas de
route, une île à taille humaine. Le sommet culmine à 470 mètres, ce qui est respectable. Ca fait un peu Jurassic Park, j’y aurais bien vu des dinosaures. On a beaucoup marché pour se balader de
criques en criques, parfois tout seuls sur ces plages paradisiaques. Notre attraction principale sur l’île a été de visiter un sanctuaire de koalas, l’endroit même où l’on a pris nos fameuses
photos avec ces fainéants. D’ailleurs pour l’anecdote le koala pendant la photo m’a gratuitement et très élégamment déféqué dans les mains. En fait on y allait surtout pour les reptiles. On a pu
tâter du croco, un petit mais quand même, des lézards, et surtout du python. Ah le coup du serpent autour du coup je l’appréhende depuis que les marocains me couraient après dans Marrakech pour
me coller un cobra autour de la tête. Cette fois c’est mission accomplie, on a pu tripoter un beau python, avec une petite frayeur quand j’ai senti le serpent se tendre autour de moi lorsque je
l’empêchais d’approcher sa tête.. on est reparti enchanté, avec le sentiment de la mission accomplie.
Avant d’atteindre notre destination la plus au Nord, Cairns, on a fait un court arrêt à Mission Beach, qui est parait-il une superbe plage. Vu le temps dunkerquois, on ne saura jamais. Oui, plus
on monte, plus le temps est capricieux. Autant à Brisbane vous vous levez le matin vous mettez la casquette, autant à Mission Beach vous regardez par la fenêtre. L’endroit tire son nom d’une
mission qui a lieu au début de la colonisation du pays par les blancs, dont le but était d’éradiquer les derniers aborigènes du coin. Pour ce qui est de la plage c’est loupé, mais par contre il
parait que dans le coin il y a pas mal de crocos. Nous les crocos même pas peur. Nous voilà embarqués sur un frêle esquif à la tombée de la nuit, en train de remonter une rivière, avec quelques
familles européennes, tous parti à la chasse au croco. L’eau est marron, la rivière est bordée par la jungle. C’est vrai que si il y a un endroit sur Terre où il y a des crocos, pas de doute, ça
doit être ici. Le mec nous mets tout de suite au parfum. Il y a un monstre de 7 mètres qui rodent dans les parages, on a aperçu sa zone de lancement, impressionnant. On n’espère pas trop le
croiser dans le coin ce soir. « Donnes la papatte, aller ! » En effet pas de monstre de 7 mètres ce soir, mais on a pu repérer en pleine nuit grâce à une puissante lampe torche un
bon croco d’un respectable 3m50. Très facile à repérer le croco la nuit, avec la lampe torche vous voyez leurs yeux rouges brillés à des kilomètres à la ronde. Celui
qu’on a repéré n’est pas farouche, il trace droit vers nous. Oulalala qu’est ce qu’il fait l’ami !! On est sur notre petite bicoque, pas très rassurés. Le croco se rapproche encore, tout le
monde regarde et se tait, certains prient (nan je déconne). Le chef nous conseille de ne pas sortir un bras du bateau, car apparemment les crocos ont la détente facile. Et celui-là est
particulièrement beau, à quelques mètres de nous seulement. Il y a des dizaines d’histoires de gens mangés par des crocos en Australie, il ne faut pas trop plaisanter avec ça. Notamment une jeune
top modèle américaine qui s’est faite dévorée en une bouchée sous les yeux de ses amis impuissants. L’histoire a fait couler pas mal d’encre à l’époque, je vous laisse imaginer. Une bonne soirée
donc, d’autant que l’on est reparti avec nos quatre membres, ce qui est un excellent point, avouons-le.
Nous voici finalement à Cairns, la capitale internationale des backpackers. Cairns est une petite ville au bord de la côte, située entre la « Rainforest » et la Grande Barrière de
Corail, « Where the Reef meets the Rainforest », qui se situe à environ une heure de bateau au large. Il n’y a strictement rien à faire à Cairns, (pas de plage), sauf faire la fête. Il
y a un proverbe qui dit que si vous n’arrivez pas à emballer à Cairns, alors vous n’y arriverez jamais.. Cairns est juste l’endroit à partir duquel tout est possible, si vous avez les bourses
bien pleines, ce qui n’était pas notre cas avec Maxou, nous qui économisions au maximum pendant tout le voyage. Il y a réellement des centaines de tours différents proposés depuis la ville,
allant des excursions sur la Barrière de Corail, jusqu’à la visite de la forêt tropicale, en passant par les sauts en parachute et j’en oublie. Une simple excursion en forêt à la journée coûte
120$, pas moyen qu’on paie le prix fort. Après m’être renseigné je découvre qu’il y a des bus, normalement réservés aux locaux qui font le même trajet pour.. 8$ !! Il ne fait pas bon être un
touriste à Cairns, c’est moi qui vous le dis. D’une façon générale on a pas trop aimé Cairns déjà à cause du temps, il faisait moche, pluvieux et nuageux la plupart de la journée, et aussi à
cause du côté business, piège à touristes. Ceci dit, les possibilités restent exceptionnelles, nulle part ailleurs vous pourrez aller plonger sur la Grande Barrière de Corail, où vous baladez
dans des forêts qui n’ont pas changé depuis des millions d’années.
On a finalement fini par voir la Rainforest, en prenant ce fameux bus que je recommande à tout le monde, autour d’un bourg nommé Kuranda. Il est important de noter que dans le Nord du Queensland
où nous nous trouvions, il n’y a que deux saisons, une saison humide et une saison sèche. Heureusement nous y étions pendant la saison sèche.. sans cyclones, sans méduses,.. oui car pendant la
saison humide il fait beaucoup plus chaud, et il pleut beaucoup. Vous êtes entouré de plages paradisiaques, mais vous ne pouvez pas vous baigner à cause de méduses mortelles qui envahissent les
côtes. Je n’ose même pas imaginer comment ça doit être frustrant. La seconde chose à noter est que dans le Nord de l’Australie on rencontre beaucoup plus d’Aborigènes qu’ailleurs.
Je vais faire une petite parenthèse sur les aborigènes. La situation des Aborigènes en Australie est un vaste problème, un vrai tabou ici. Essayez d’introduire le sujet avec des locaux, vous
n’obtiendrez que des yeux baissés, et des « c’est triste ». Effectivement c’est très triste. J’avais pu constater que les Maoris s’en sortaient tant bien mal en Nouvelle-Zélande, ils
sont nombreux à travailler, et il n’était pas rare de croiser des Maoris dans la vie de tous les jours, un garagiste, un plombier maori ça existe, même dans l’île du Sud où ils sont minoritaires.
Ici en Australie, pendant les 5 mois que j’ai passé à Sydney, les seuls aborigènes que j’ai vu sont ceux qui jouaient du Didjeridoo sur Circular Quay à côté de l’Opéra, en posant pour les photo
des touristes japonais. Un plombier aborigène ça n’existe pas. C’est très triste, je vous l’ai dit. A Kuranda, on a pu en apercevoir quelques uns, des vrais aborigènes. Ils errent dans les rues,
squattent les parcs pendant la journée, ne travaillent pas, boivent de l’alcool,.. les enfants ne vont pas à l’école, se font taper dessus,.. La situation est encore pire dans les Northern
Territories où les aborigènes sont plus nombreux. Certaines zones sont carrément hors contrôle de la police, ce sont des zones de non-droits. Les enfants sont abusés, les femmes battues,.. John
Howard et son gouvernement ont lancé une opération militaire, je dis bien militaire, pour mettre fins à ces ghettos et aux souffrances des femmes et des enfants. Howard lui-même a dit que dans
ces endroits il se passait des choses qu’il n’aurait jamais osé imaginer. L’histoire entre le peuple aborigène d’Australie, qui fût au passage une des civilisations les plus brillantes de
l’histoire de l’humanité, par ses inventions et son art, est parsemée de cicatrices. Pour vous donné une idée, sur les centaines de massacres commis durant la colonisation, un seul à aboutit à un
procès. Les assassins blancs ont déclaré devant la cour qu’ils ne savaient pas que tuer des aborigènes était répressible par la loi. C’est triste, encore fois. Dernier exemple, ce qui a été
appelé les « Stolen Generations », les générations volées : pendant presque cent ans, de 1869 à 1969, le gouvernement australien a eu une brillante idée : pour favoriser
l’intégration des aborigènes dans la société, ils ont enlevé, je dis bien enlevé (verbe synonyme de kidnapper), des milliers d’enfants aborigènes de leur famille d’origine, pour les placer dans
des familles blanches. Ainsi ils espéraient que les enfants aborigènes allaient embrasser le mode de vie occidental. « L’homme est bon par nature » disait Rousseau, pas si sûr.
Evidemment, quand la police débarque chez vous, enlève vos trois enfants pour les placer dans trois endroits différents du pays, sans la moindre solution pour garder contact, c’est simplement
horrible. Et pourtant, cette politique a duré pendant presque un siècle, jusque dans les années 70. C’est triste je vous l’ai dit .Je passerai sur le fait que les aborigènes n’ont obtenu le
droit de vote qu’en 1967, alors qu’ils sont présent sur le continent australien depuis plus de 40000 ans. Contempler les restes de cette civilisation dans les rues de Kuranda est triste.
Retour au trip, finalement nous ne sommes jamais allé aller sur la Grande Barrière de Corail, les coraux y sont apparemment moins beaux au large de Cairns que ceux que l’on a vu aux Whitsundays.
A la place, on est allé se balader sur Fitzroy Island, à trois quarts d’heures de bateau. Une petite île superbe, avec des plages et un sommet que l’on a escaladé, vue magnifique sur la forêt. On
a croisé enfin notre premier serpent sauvage, sur un sentier de l’île, le python (on pense que c’était un python) s’apprêtait à traverser le chemin tranquilllou. Une belle bête, impressionnant.
Pas mal de touristes s’amusent à taquiner les serpents avec des bâtons, c’est une très très mauvaise idée. Vous ne savez jamais exactement le type de reptile que vous avez en face de vous.
L’Australie contient 8 des 10 serpents les plus venimeux du monde, certaines morsures sont fatales en moins d’une demi-heure. Il ya même un serpent dont l’antidote existe, mais qui vous sera
autant fatal que la morsure, dommage.. La règle d’or ici est : ne pas plaisanter avec la faune locale, sous prétexte de ne plus jamais pouvoir plaisanter tout court. Autant en Nouvelle-Zélande la faune est vraiment pacifiste, autant en Australie tout est mortel. De la méduse aux serpents en passant par les chenilles, les scorpions, les araignées, les
requins, les crocos,.. et j’en oublie, il faut vraiment se méfier.
Notre séjour dans le Queensland se termine, un mois que nous sommes partis de Sydney, on a parcouru 3000 km le long de la côte, en bus. Il est 20 heures dans la salle d’attente du petit aéroport
de Cairns, on attend notre vol pour Melbourne. Eh oui l’aventure continue, cette fois au Sud du pays, dans l’état du Victoria. On est impatient de découvrir Melbourne, ses spots de surf et ses
montagnes. Fini la chaleur et les maillots de bains, là-bas c’est l’hiver, on compte bien voir de la neige et faire du ski. Dernier épisode demain !
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