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Parc National Manuel Antonio



Autant le dire tout de suite, Manuel Antonio est au Costa Rica ce que la Tour Eiffel est à Paris : un aimant à touristes, et pourtant incontournable. On m’avait décrit l’endroit comme « le petit bijou de l’Amérique centrale », il faut avouer que l’on a pas été déçu. Le bus nous a déposé à Quepos, une petite bourgade sans grand charme à quelques kilomètres du parc national. La route est sublime, très accidentée, les chauffeurs de taxi la parcourt pieds au plancher. La route épouse la côte et offre des vues imprenables sur le Pacifique. Ici encore le temps presse, les terrains se vendent comme des petits pains, les hôtels de luxe veulent attirer le touriste avec la « vue sur l’Océan ».

Le village de Manuel Antonio lui-même ne survit que grâce à l’apport des touristes venant visiter le parc national. On a de la chance, nous sommes en ce moment en basse saison à cause de la saison des pluies, donc les prix sont un peu plus bas, les hôtels un peu plus vides, à mon grand bonheur. Je n’ose même pas imaginer ce bout de paradis envahis par des milliers d' Americanos qui pensent que les costaricains ne sont bons qu’à leur servir le petit déjeuner.

Bref, on s’installe à quatre dans une grande chambre pas chère, avec piscine qui donne sur la jungle. Une fois encore question faune et flore c’était du grand n’importe quoi : une biche venait régulièrement prendre de nos nouvelles à côté de la piscine, tranquillou. Mais ma plus grande surprise se trouvait dans les arbres. Le guide indiquait que l’espèce des singe-écureuils était en voie de disparition, qu’ils se faisaient de plus en plus rares dans la forêt. Et là , 5h50 de l’après-midi, l’heure du casados, on voit débouler une centaine de singes minuscules, tout un troupeau, qui se baladaient de branches en branches, apparemment moins en voie de disparition que nous le pensions. On les voyait tous les soirs traverser la forêt à heure fixe. Certains s’arrêtaient et donnaient naissance à se moment magique que tout le monde connaît quand on a en face de soi une espèce animale rare : qui observe qui ? Ces singes ont l’air tellement malicieux que tout d’un coup les perspectives s’inversent, je me demande si finalement ce n’est pas eux qui viennent nous voir..

On est parti pour le parc national le lendemain, après avoir passé notre première journée dans les vagues. Des vagues plus appropriées pour la baignade, une eau plus claire, et surtout rien dedans, pas de raies ! Du bonheur en barre pour Mathilde, qui redécouvre les joies du body-surf. L’entrée du parc est de 10 dollars, elle était de 6 encore l’année dernière. Une option avec guide est proposée à l’entrée, on s’est dit qu’on se débrouillerait tout seul. Le premier sentier que l’on emprunte est très large, je suis très déçu, moi qui m’attendais à une marche commando au milieu de la jungle et des serpents.

Des familles se balladent, il y a pas mal de monde, quelques français. Les guides s’arrêtent au bord du chemin pour faire admirer leur différentes trouvailles à leurs clients : « Oh un bébé paresseux !! Regardez comme il est trop mignon !! En plus il descend à terre pour faire caca, vous avez beaucoup de chances car il ne le fait qu’une fois par semaine !! Oh regardez le serpent à côté c’est un fer de lance, mortel. Faut que le bébé paresseux fasse gaffe sinon il va morfler !! » C’est comme ça tout le long, des conversations quelque peu surréalistes. On accélère un peu pour distancer la foule. Les gens, quand je voyage, moins j’en voie mieux je me porte. Enfin quelques endroits tranquilles. J’avais écrit quelques lignes sur le koala en rentrant d’Australie, hé bien je pourrais les reprendre à la lettre pour décrire le paresseux. Un paresseux, ça ne fout absolument rien de la journée. D’ailleurs son nom l’indique, alors comme ça au moins on est prévenu. Il vit à deux à l’heure, savoure chaque branche sur laquelle il s’accroche, prends le temps de vivre pleinement chaque instant. Quel contraste par rapport à notre mode de vie à nous. Certains dans la jungle se balladent  télephone portable à l'oreille droite, ipod dans l'oreille gauche, tout en écrivant un texto et en balançant un énorme flash de l'appareil photo numérique sur le paresseux "qui est trop haut dans les arbres". 

Le sentier nous conduit à des plages reculées, la première est Playa Puerto Escondido. Je pense que Playa Puerto Escondido est assez proche de l’idée que je me fais du bout du monde. Ou de Koh-Lanta, pour prendre une référence plus actuelle. La plage est vaste, dominée par la forêt tropicale majestueuse et impénétrable. Impossible d’avancer un mètre en dehors du sentier. La chlorophylle a tout colonisé, chaque centimètre carré est propice à recueillir la lumière et l’eau pour y donner de la vie. Oui, l’impression dominante de cette forêt est qu’elle est vivante. D’abord par ce qu’on voit, directement, mais aussi par ce que l’on entend, comme les cris des singes hurleurs par exemple, quelque chose que je n’oublierai pas, et par ce que l’on sent. Je m’aventure un peu à l’écart. En me glissant sous quelques branches j’aperçois une famille de singes, qui m’observent, comme si ils m’attendaient. Ils me voient mais ne bronchent pas, continuent leurs activités. Maman singe épluche les poux du petit, papa singe fait la sieste, avachi sur une branche. Comme quoi, tout se répète. Si les singes sont les tauliers de la forêt, alors les iguanes sont les patrons de la plage. C’est leur territoire. Quand vous y entré ils vous le font sentir. Je n’ai jamais vu un iguane reculé, il faut dire que certains sont imposants, des vrais dinosaures.

Le temps passe vite à Manuel Antonio,  on termine l’après-midi par Playa Manuel Antonio. Playa Manuel Antonio est une plage.. parfaite. Une plage typiquement carte postale. Elle est à peine cintrée, avec du sable blanc, ce qui est assez rare au Costa Rica car la plupart des plages ont du sable noir, les palmiers qui la bordent, la couleur de l’eau, turquoise, les petites vagues qui viennent la lécher, les singes capucin-sapajou qui la gardent et la protège. Un décor de chasse au trésor encore une fois. Les riches viennent se baigner tous les jours ici, tandis que les plus pauvres comme nous –et les costaricains- ne sont de passage que pour la journée et se baignent sur la plage d’Espadilla de l’autre coté de la baie, à l’extérieur du parc, et beaucoup moins belle. Inégalités quand tu nous tient..

On décide de poursuivre l’aventure avec nos deux compagnons de route Christian et Deri, et pour cela on modifie à peine notre plan. Au lieu de s’arrêter à Dominical on continue jusqu’à Uvita, et on visitera Dominical sur le chemin du retour. L’ambiance dans notre petit groupe est excellente, une petite routine s’est installée au fil des jours. On avait l’habitude de déjeuner toujours au même endroit à Manuel Antonio dans un Soda local. Deri lançait au proprio tous les matins « quattro desayunos por favor ! » Et on pouvait profiter du plat de fruits, des pancakes, du riz, des haricots, et d'un bon café qui nous faisait tenir jusqu’au soir.

 

Le bus jusqu’à Uvita est pour le moins épique. En effet, le gouvernement costaricain ne tient pas tellement à ce que les touristes s’aventurent au sud de Manuel Antonio. La route qui descend jusqu’à Uvita n’est pas goudronnée, c’est une « piste », des fois en bon état, des fois non. En l’occurrence on a été chanceux, car même si c’était la saison des pluies on a évité les passages de rivières et toutes les autres réjouissances quand l’eau prends le dessus. Le bus était plein à craquer, Mathilde a eu une jambe dans le vide pendant la moitié du voyage, la bonne rigolade. Uvita n’a donc rien à voir avec Manuel Antonio. Tout juste indiqué dans le guide, c’est un petit village de pêcheurs, tranquille. Le tourisme y reste très calme, enfin à part nous. Mais nous ne sommes pas des touristes, nous sommes des voyageurs !! Nos habitudes ont perduré, tous les soirs on allait boire quelques bières après notre casados au « K-Tal Bar », l’équivalent du bar PMU du coin. On y a rencontré deux bambinos le premier soir, deux gamins du coin, autour d’une partie de billard.

La scolarité est au Costa Rica une notion très relative, d’après ce que j’ai pu observer. Un suisse nous a raconter plus tard que les enfants vont à l’école quand ils veulent bien y aller, c'est-à-dire pas très souvent, et on a constater que les locaux avaient beaucoup de mal avec les chiffres. Et vas-y que je prends ma calculatrice pour ajouter 3 et 2. Le suisse a même ajouter que les diplômes de l’université de San José, qui est quand même la capitale du pays, n’étaient même pas reconnus au Nicaragua !! Ca fait peur.. surtout que cette situation profite encore une fois aux occidentaux, qui occupent les postes à responsabilités pendant que les costaricains font la sécurité dans leurs hotels trois étoiles. On a convié d’un rendez-vous avec les deux petits, Fabian et Carlos, le lendemain matin, histoire qu’ils nous montrent un peu leur coin.

Les garçons sont au rendez-vous, visblement excités de passer du temps avec les étrangers. Chrisitian et Deri en profitent pour faire chauffer leur espagnol, Mathilde et moi un peu moins.. quoique mon espagnol a fait beaucoup rire.. Premièr mission, ils nous amène à la plage sans devoir payer l’entrée aux gardes forestiers, ils connaissent un petit chemin. Très vite on se retrouve en dehors du village, pieds nus, à marcher dans la boue, dans des herbes hautes. Je demande si il y a des serpents, Fabian me réponds « Solamente la noche », seulement la nuit. Par contre aucune idée de ce qu’ils font la journée.. On continue à longer la rivière, on arrive près d’un pont où on doit traverser, Fabian qui était devant nous prévient : « Rapido, crocodilos !! » Euh attendez une minute, je suis pas bilingue, mais crocodilos en espagnol ça m’a tout l’air de signifier crocodiles en français. En effet, au moins trois belles bêtes, trois beaux crocodiles, des caïmans pour être précis nous surveillait d’un œil intrigué à quelques dizaines de mètres de là. Fascinant. Je serais resté à les regarder des heures. Ils m’ont dit de ne pas trainer, car il y en a qui peuvent dormir sous l’eau et attendre une proie qui passe. OK, j’avance ! Enfin on arrive sur la plage, immense, à marrée basse. Des kilomètres de sable brun avec la forêt surplombant le tout. Un petit foot s’improvise sur la plage, on est tout seuls !! La plage pour nous tout seuls, des bons moments.

Le soir même on part à la recherche d’un bateau qui pourrait nous emmener voir les baleines. Au large d’Uvita se trouve une réserve naturelle, marine cette fois. On finit par dégoter un bon prix sur un petit bateau, celui de José, avec un tour de la réserve de prévu.

 

On retrouve deux Ticos vers 9h du matin chez José qui nous emmène sur la plage pour monter sur le bateau. Un couple d’allemand bien triste nous accompagne. Ca change des énormes paquebots australiens pour aller voir les baleines à Sydney. On est que six, on mets les voiles, ou plutot Edouardo tourne la poignée du moteur Yamaha et on décolle de la plage dans des petites vagues. Il fait beau, la mer est belle. On se ballade un peu avant de reperer les jets d’eau, que j’avais décrit comme des « Pshiiiiiiiiiiiiiiiiiiiitttttttt » quand j’étais en Australie. Ici même principe, et d’ailleurs ce sont peut-être les même baleines, elles font Pshiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiittttttt pareil. Une baleine à bosse et son petit remonte les côtes du Costa Rica, on les accompagne un bout. Très chouette les baleines, c’était une première pour Mathilde. Impressionant les bestiaux. Au bout de vingt minutes, je pense que la baleine en a eu marre qu’on la colle, alors elle s’est mise à nous faire un petit show rien que pour nous, et vas-y que je sors mes nageoires, que je fais pshhiiiiiiiiitttt, que je nage sur le côté,.. et ça a marché puisque qu’après on les a laissé tranquille.

Dernière soirée dans notre petit village de pêcheurs dont les gens commencent à nous devenir familiers. Après notre traditionnel passage au KTal Bar on est allé finir la soirée dans le bar d’à côté sur les conseils d’Edouardo, qui faisait soirée Karaoké, samedi soir oblige. Les gens chantaient très bien, des grands classiques de la chanson sud-américaine, avec de grandes envolées lyriques à l’octave supérieure et des « Mi corazón » en veux-tu en voilà. C’était sans compter sur la perspicacité de Christian qui leur a balancé deux chansons des Beatles parfaitement interpreté !! Je n’osais pas me retourner pour regarder la tête des locaux qui devaient penser « mais qu’est ce qu’ils foutent ici ceux-là !! » Mythique !!

Hélas même les meilleurs choses ont une fin, on a du se séparer de nos amis le lendemain pour continuer notre route au Nord, alors qu’eux partaient vers San Jose. Ciao les gars, bonne route et merci pour tout !!

Jeudi 2 octobre 2008
- Publié dans : Costa Rica 2008
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